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Carnet de route NYC 1988 - Luxembourg, Reykjavik, JFK

  • patrickhumair
  • 23 avr.
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 mai

À dix-neuf ans, j’ai quitté l’Europe pour la première fois. Direction New York, avec un billet payé grâce à un job d’été, un premier amour au bout du voyage, et aucune idée de ce qui m’attendait vraiment.

Il y a des départs qu’on ne comprend qu’après.

Ce jour-là, je quitte l’Europe pour la première fois.

Pas pour toujours. Pas en héros. Pas avec une valise pleine de certitudes.

J’ai dix-neuf ans. Je suis crevé, un peu paumé, mais décidé.

Plus de six heures de train pour rejoindre Luxembourg. La gare. Le taxi. L’aéroport.

Le premier de ma vie.

Pas un grand. Mais pour moi, c’est déjà énorme.

Je prends un avion. Un vrai. Pas un petit Piper secoué dans le ciel jurassien. Un gros machin. Un monstre.

Direction New York.

Enfin… presque.

D’abord Reykjavik. Deux heures d’escale dans un aéroport posé au milieu du vent, du froid et de la lave. Puis encore six heures de vol au-dessus de l’Atlantique.

Au-dessus du doute aussi.

Je suis rincé. Mais je m’en fous.

J’ai bossé tout l’été pour ce billet. Neuf cents balles. La route la moins chère pour traverser l’océan.

Pourquoi partir ?

Pour l’aventure, oui. Mais surtout pour Vale.

Premier amour.

Elle est partie à New York comme fille au pair. Elle a économisé. Pris des cours d’anglais. Trouvé une coloc dans l’East Village, sur la 3e Rue, entre First et Second Avenue.

Juste en face du club des Hells Angels.

Ça ne s’invente pas.

J’arrive enfin à JFK.

Elle ne peut pas venir me chercher. C’est Jian, sa coloc, qui m’attend. Une petite Asiatique avec un accent jurassien plus fort que tout le reste.

Je ne lui demande même pas d’où elle vient. Je l’apprendrai plus tard : Delémont. Un bled encore plus paumé que le mien.

On monte dans un taxi jaune.

Un vrai. Un taxi de film.

Je ne dis rien. Je regarde.

Le pont, les lumières, le bordel, l’impression d’être déjà dans une scène que j’ai vue quelque part sans jamais y avoir mis les pieds.

Et puis Manhattan approche.

Lentement.

Massive. Irréelle. Promesse ou piège, je ne sais pas encore.

Mais je sens une chose :

quelque chose va changer.

Pas juste le décor. Pas juste le voyage.

Moi.


Bande-son : Peter Gabriel — Don’t Give Up  Patrick Humair (c) 2026

 
 
 

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