Carnet de route NYC 1988 - Central Park : Ombres et toits interdits
- patrickhumair
- 9 mai
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 mai
Cette fois : Central Park, un tunnel qu’il valait mieux éviter, une roue de Buick, un réflexe suisse complètement idiot… et le toit du Plaza, comme une récompense volée à la nuit.
New York, à dix-neuf ans, c’était ça : le danger et la magie dans la même soirée.

New York n’était jamais la même deux jours de suite.
Et puis il y a eu Central Park.
On arpentait la ville comme un immense terrain de jeu. Chinatown, Little Italy, Wall Street, Battery Park, la 5e Avenue.
Mais surtout : Central Park.
Central Park avait cette beauté hypnotique des cartes postales.
Mais même là, le danger traînait sous les feuilles.
Invisible, mais jamais loin.
Un jour, Vale et moi nous nous promenons. On approche d’un petit tunnel, un passage sous voie, à l’allure anodine.
Un type arrive en face.
Veste en cuir, regard fuyant.
Au moment de nous croiser, il souffle :
« Don’t go ahead or you get caught. »
N’avancez pas, ou vous allez vous faire prendre.
On s’arrête.
Net.
Comme deux enfants devant un chien qui grogne.
On regarde dans le tunnel.
Trois silhouettes.
Tension palpable.
Transaction floue.
Un deal.
Peut-être pire.
On fait demi-tour.
Sans discuter.
Le danger n’était pas une rumeur.
Il avait une voix, une ombre, une adresse.
Un autre soir, je marche seul, près de la 59e Rue.
Les calèches sont encore là, en attente de touristes. Il fait nuit noire, l’automne est froid. Les lampadaires déversent leur lumière blafarde sur l’asphalte.
Je dois rejoindre Vale.
Elle m’a juste dit :
« J’ai un truc à te montrer. »
Sur le trottoir, je remarque une silhouette.
Discrète.
Accroupie à côté d’une Buick.
Je m’approche.
Il est en train de démonter les roues.
Je m’arrête, naïf, plein de réflexes suisses.
Et je crie, en français, sans réfléchir :
« Ce mec est en train de voler une roue ! »
Il lève à peine les yeux.
Pas pressé.
Pas inquiet.
Et là, un type derrière moi, un inconnu, m’attrape par le col de ma veste en jean.
Sans violence.
Avec calme.
Comme s’il m’évitait un accident stupide.
Il me traîne plus loin.
Me regarde droit dans les yeux et dit :
« Une roue de bagnole ne vaut pas un coup de couteau. »
Je le remercie.
Et intérieurement, je me maudis.
Pour ma connerie.
Pour ma naïveté.
Quelques minutes plus tard, je retrouve Vale.
Devant l’hôtel Plaza.
Un palace.
Le contraste me gifle.
Je lui demande ce qu’on fait là.
Elle sourit.
« Fais genre t’es un touriste. »
On entre.
On traverse le hall.
On prend l’ascenseur.
Dernier étage.
Là, elle pousse une porte de service.
On monte une volée de marches de secours.
Et on arrive sur le toit.
Silence.
Vaste nuit.
Central Park à nos pieds.
Pas dans les guides.
Pas sur les cartes.
Un endroit que seuls les initiés connaissent.
Elle me dit qu’il faut faire gaffe.
Si on se fait repérer par le personnel, on se fait virer direct sur le trottoir.
Je reste là.
Un peu gelé.
Mais ébloui.
J’ai failli me faire planter pour une roue.
Et maintenant, je suis sur le toit du Plaza.
À côté de Vale.
À regarder New York briller.
La vue valait tous les interdits.
Et moi, j’avais le cœur qui battait pour deux.
Bande-son : Massive Attack – Safe from Harm
Patrick Humair (c) 2026



Merci Patrick pour ces tranches de vies. Ce que tu nous avais raconté à l’époque après ton voyage à NYC sous forme d’anecdotes d’adolescent prend ici une toute autre ampleur !