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Carnet de route NYC 1988 – East Village - St. Mark’s Place

patrickhumair
20 sept.
2 min de lecture

À propos de cette série

NYC 1988 — Carnet de route rassemble des souvenirs de mon premier séjour à New York.

Des lieux, des rencontres, des nuits, des détails parfois minuscules qui sont restés quelque part dans ma mémoire et qui, bien des années plus tard, ont fini par nourrir mon imaginaire et mon écriture.

En 1988, je n’écrivais pas encore. Je regardais beaucoup.

Les rues, les gens, les fringues, les vitrines, les clubs. J’essayais simplement de tout absorber et de ne rien oublier.

Voici un fragment de ces semaines-là, quelque part autour de St. Mark’s Place.

C’était un état d’esprit.

Un mélange de sueur, de liberté, d’odeur de clope froide et de cuir mouillé.

On partait souvent à l’aventure à deux. Jian et moi, par exemple.

Shopping à petit budget, mais le cœur ouvert.

Les rues vibraient. Les murs parlaient. Les vitrines racolaient.

Les petites boutiques étaient comme des cavernes : vinyles, fringues d’occase, badges, boots, vestes militaires, vieux t-shirts rock, blousons de bikers…

C’est là que j’ai trouvé le sweat Public Enemy.

Gris, avec le logo et la cible.

Un vêtement comme un manifeste.

Je me sentais invincible avec ça sur le dos.

Je me sentais dedans, même si je venais de loin.

À côté, un autre t-shirt m’a fait de l’œil : blanc, avec un smiley jaune, troué d’une balle en plein front. Du sang stylisé qui dégoulinait.

C’était punk, c’était trop, c’était parfait.

Je l’ai pris.

On marchait lentement, parce que tout méritait d’être vu.

Un vieux bar avec des néons roses.

Un tatoueur qui lisait Bukowski en fumant.

Un disquaire où tournait du Joy Division.

Des mômes qui faisaient du skate entre les crottes de chien et les bouteilles cassées.

Et puis, il y avait le Café Mogador.

Petit restau marocain, planqué entre deux façades défoncées.

On y allait souvent, surtout quand on avait un peu de thune ou besoin d’un moment doux.

Les serveurs avaient la nonchalance poétique des habitués du chaos.

Les tables étaient bancales, les assiettes pleines.

Du couscous vapeur, des tajines qui brûlent les doigts, du thé à la menthe qui pique les lèvres.

On s’asseyait là, au bord du monde, et on regardait la rue passer.

Les mecs en bandanas, les filles en Doc Martens, les clodos qui hurlaient des phrases incompréhensibles, les junkies qui marchaient comme s’ils dansaient.

C’était pas juste un café.

C’était un observatoire du vivant.

Je ne disais pas grand-chose.

Je regardais, toujours.

J’essayais d’absorber tout.

De ne rien oublier.

De faire rentrer la ville dans ma peau.

Musique :   Public Enemy — Timebomb


Patrick Humair (c) 2026

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